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PORTES OUVERTES SUR LA VILLE 

VOLET n°1 - LES TANNERIES DE LA CANCE

Festival Temps Fort, Quelques p’Arts CNAREP - Auvergne-Rhône-Alpes / Annonay / 9 bimeur.euse.s

Septembre 2021

 

VOLET n°2 - SUPER U / FOYER-LOGEMENT DE L'EUROPE / VIEIL ANNONAY

Quelques p’Arts CNAREP - Auvergne-Rhône-Alpes / Annonay / 8 bimeur.euse.s et 3 groupes de participant.e.s

Juin 2022

Artiste associé du CNAREP Quelques p’Arts… (Centre National des Arts de la Rue et de l’Espace Public de Boulieu-lès-Annonay) pour la troisième année consécutive, il était grand temps pour bim de lancer son grand projet sur le territoire d’Annonay "Portes ouvertes sur la ville".

Ce projet se poursuivra jusqu’en juin 2022 lors d’un week-end bim, où nous bimerons simultanément trois quartiers de la ville accompagnés d’habitant.e.s.

Plus d’infos ici : https://www.lecollectifbim.com/a-venir

Et c’est donc à l’occasion du Temps Fort, organisé par le CNAREP, que les festivités ont débuté par la première création : direction le quartier de la Cance avec sa rivière du même nom, ses usines désaffectées et toutes ces portes qui ne demandent qu’à s’ouvrir. 

Suivez-nous, nous avons toutes les clefs…

 

Au son de notre trousseau de clefs, descendons de la ville en longeant le courant de la rivière, la Cance, dans laquelle sont endormis quelques vieilles âmes. A mesure que l’eau ruisselle entre les corps et les rochers, le regard s’enfonce entre les murs abrupts des anciennes tanneries. Au loin, une passerelle fend le paysage à l’horizontal d’où retentit la sonnerie. Il est temps pour les fantômes de s’animer, descendant le lit de leur rivière pour aller s’habiller et invitant les spectateurs à se rapprocher d’un peu plus prêt. 

Une fois sur la passerelle, comme suspendu dans les airs, on pourrait croire que les usines ont bel et bien été délaissées. Derrière les briques, on devine la poussière accumulée sur les machines. Au dehors, les fenêtres sont sans vitres et pour seule habitante, la végétation à repris ses droits. Mais petit à petit, à notre gauche, les esprits de se passé industriel ressurgissent en chemises blanches, sous la haute surveillance d'une ombre en fourrure à notre droite. Entre une cigarette et une tasse de thé, l'ombre fait pleuvoir les bleus de travail en contrebas, là où les ouvriers n'ont d'autres choix que de répéter inlassablement les mêmes gestes. Lorsqu’aux sourires narquois s'ajoutent d'autres seaux de labeur, une mutinerie éclate. Les lanceurs de pierres prennent rapidement la fuite laissant pour unique souvenir, leurs vestes bleues dans l'eau paisible.

Les tanneries retrouvent alors le calme de l’abandon, et nous leur tournons le dos, poursuivant la déambulation.

Un peu plus loin, un portail électrique ! De l'extérieur, ce n'est qu'une autre vieille fabrique mais quand celui-ci s’ouvre, nous sommes appelés par petit groupe à nous engouffrer dans la pénombre. Nous traversons un garage inquiétant. Derrière nous, le portail se referme. Nous empruntons un escalier étroit pour déboucher avec surprise au beau milieu d'une caverne aux trésors… Semblable à un musée du quotidien, les stocks de la mairie s'entasse selon les célébrations et les saisons : Les piles de chaises juxtaposent les panneaux de signalisations, eux même accoudés aux urnes électorales et aux drapeaux tricolores qui font de l'œil aux décorations pailletées de Noël… Dans ce bric-à-brac labyrinthique et festif, heureusement que les bimeur.euse.s nous indique le chemin !

Et nous ressortons de l'autre côté, sur un parvis grillagé rappelant les quais de chargement de cette ancienne manufacture de chaussures. Mais la porte du hangar s’est claquée, et chacun cherche, par tous les moyens, à rentrer : escaladant la façade, plongeant dans les serrures ou remontant par les gouttières. Avons-nous égaré toutes nos clefs? Lorsqu'enfin, celle-ci se rouvre, le travail peut reprendre. Entre frénésie et imaginaire, c’est une chaîne de chaises et d'objets en tout genre qui s’actionne. Mais derrière nos grilles, la ville d'Annonay nous surplombe. Les chaises et les bimeur.euse.s s'envolent au-dessus des barrières pour observer le présent et profiter de la vie qui nous entoure.

Successivement, dans une ronde des spectateurs, nous devons quitter quelques instants la folie de ce parvis pour grimper au dernier étage et pousser une ultime porte. Tout là haut, les profondeurs de la Cance où gisent les vestes bleues nous paraissent un lointain souvenir, bien que ce perchoir semble tout aussi déserté. Des cartons éventrés côtoient des bidons rouillés. De vieux bureaux d'école sont entreposés (depuis quand?). Mais un rire résonne. Et dans les grains de poussière, il nous est donné d'épier la danse secrète de deux amants joueurs. La poésie de cette bulle de rêve n'est que de courte durée. La sonnerie retentit, et à l'image des « trois-huit », notre petit groupe redescend pour laisser la prochaine équipe pointer à l'étage.

La besogne se termine pour la journée, et tout le monde est prié de sortir. Lorsque la grande grille se referme sur les usines, quelques doigts évitent de justesse l’accident. La grille claque une dernière fois et les portes se verrouillent définitivement sur le quartier de la Cance.

Dehors, ne reste que notre guide de départ ayant perdu son fameux trousseau et nos souvenirs d'un voyage à travers les briques rouges et les années.

 

​Il se dit que les murs ont des oreilles ; à Annonay, les murs, les fenêtres et les portes ont aussi des mains, des yeux et des voix !

À suivre!

Remerciements : Nous tenions à remercier chaleureusement le magasin l’Art des Choix https://art-des-choix-annonay.fr, La MAGMA https://www.lamagma.fr, toute l'équipe du service de la mairie d’Annonay et le CNAREP Quelques p’Arts… pour leur accueil et leur gentillesse. 

Un immense merci également à la famille Roland.

Le spectacle Portes Ouvertes sur La Ville a eu lieu le 18 Juin 2022 sous une chaleur de plomb. Malgré cette chaleur assommante, nous avons joué nos 3 performances, dans 3 quartiers de la ville avec 3 groupes d’habitants cet après-midi là, et ce 3 fois !

Nous nous sommes tou.te.s rencontrés autour de notre attachement à la ville d’Annonay. Nous y avons passé un mois (environ) alors qu'ielles y vivent, et depuis très longtemps pour certain.e.s. Nous, nous découvrons encore la ville, eux la connaisse par coeur. 

Ces performances, écrites collectivement, sont comme un compte rendu sensible de cette rencontre riche en émotions. Chacune y posant un regard très différent. 

 

La première se situe dans le nouveau bâtiment du Super U avec un groupe issu de l’école de danse d’Annonay.

Ainsi le spectacle démarre dans les profondeurs d’un parking vide où l’errance laisse peu à peu la place à la danse, et à des courses folles en caddies. On suit cette farandole dans la galerie commerçante de ce supermarché en empruntant ses escalators dernier-cri. En pleine heure de pointe, on vient faire la fête aux habitudes calibrées de ce temple de la consommation qui finissent par voler en éclat. Ce joyeux tourbillon se poursuit jusque sur l’immense esplanade.

 

Au même moment, un groupe de séniors du foyer-logement de l’Europe nous invite à découvrir sa colocation. 

Basée à la « place des rêves», celle-ci accueille toute personne qui a un rêve et s’efforce de le réaliser.

Alors, en direct, la « colloc »  pêche un requin gigantesque de sous le bitume, gagne au loto, s’envole en montgolfière, est porté en triomphe par la foule qui termine sa rêverie en dansant.  

 

Toujours simultanément, les habitants du vieil Annonay réveillent leur quartier avec tendresse et nostalgie. Dans ce dédale de rues, on se perd, entre les vrais et les faux souvenirs, entre la grande et les petites histoires, entre le sincère et le grand délire. 

 

Ce n’est pas facile de s’exposer dans une ville où tout le monde se connaît et où tout le monde se regarde. Dans un foyer-senior, dans un supermarché ou dans un quartier délaissé, qui n’a pas rêvé de pouvoir imaginer ces espaces de vie,  comme des grands terrains de jeu où tout serait possible ? Car être attaché à un lieu ne veut pas forcément dire en être prisonnier. Une ville attachante, c’est aussi une ville où l’on se retrouve, où l’on se sent libre peu importe ce qu’en diront les autres ! 

 

C’est grâce à ce projet, qui a commencé en 2018, que nous avons découvert Annonay et ses habitants. Cette ville, qui, pour le quidam qui ne fait que passer, laisse un goût étrange, un peu "passé", renferme en elle une energie folle qui nous a emporté durant ces 4 belles années. Merci !

Remerciements : Nous tenons à remercier fortement et chaleureusement certaines personnes et structures qui nous ont ouvert leur portes et nous ont offert leur énergie pendant toutes ces années : Tou.te.s les participant.e.s pour avoir eu la même foi que nous en ce projet , Quelques p’Arts… Centre National des Arts de la Rue et de l’Espace Public et son équipe infatigable, le Centre de Danse d’Annonay et sa directrice Prisca Ward qui prit à bras le corps ce projet, la Mairie d’Annonay pour son aide précieuse, le foyer résidence de l’Europe et son équipe toujours souriante, le bar et association 26FK qui fait un travail remarquable dans le centre ancien, le magasin l’Art des Choix pour son chaleureux accueil, et toutses les habitants d’Annonay pour leur bienveillance durant ces 4 années de présence.

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© Magali Stora

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