SOUS LE PONT DE LA CONCORDE

Évènement Ta tata en tutu sous la douche sonore / Collectif Etc / Paris VII / 7 bimeurs

Avril 2014

 

Sur l’invitation du Collectif Etc, le Collectif bim est intervenu sous le Pont de la Concorde à Paris, dans le cadre de l’aménagement d’une ancienne voie rapide en piste de danse temporaire. Durant 5 jours, nous avons vécu et tenté de contribuer à la mutation progressive d’une zone délaissée en lieu de convivialité. Pas davantage acteurs que tous les joggeurs, danseurs et constructeurs de ces espaces du commun, mais détournant l’ensemble de ces activités concrètes vers des usages impensés. 

 

 

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©Julie Reilles / ©Florent Chiappero

26.04.2014, 17 :30, 48°51'45.9"N,2°19'08.9"E

 

« Le Collectif Etc est un support d’expérimentations urbaines constructives principalement constitué d’architectes. Le projet Tatata en Tutu sur les berges de Seine à Paris vise à tester de nouveaux usages sur une ancienne voie rapide fermée à la circulation. Comment transformer d’anciennes zones de transports, peut-on se réapproprier les bords de fleuve au cœur de la densité urbaine ? Un non-lieu peut-il devenir un espace chaleureux ? 

 

Aujourd’hui, les principaux utilisateurs des berges sont des joggeurs et autres promeneurs. Pour ouvrir les possibles, le Collectif Etc s’appuie sur une installation préexistante de Radio Nova sous le Pont de la Concorde, un système de diffusion musicale libre et accessible à tous par Bluetooth, pour aménager une potentielle « boîte de jour ». Des danseuses classiques en manque de salle de répétition aux break-dancers en recherche de recoins inédits, des fêtes nocturnes impromptues aux cours publics de danse de salon,  ne manque-t-il pas en ville d’espaces de danse ouverts à tous ? Après une miroitante piste aux étoiles construite en décembre ayant fait ses preuves, la deuxième phase du projet était destinée à l’installation de mobilier complémentaire (assises, bar, tables), dans une perspective paysagère accompagnée par le collectif de paysagistes Bivouac.

 

C’est dans ce cadre et durant le temps du chantier ouvert que le Collectif bim a été invité à intervenir au sein de cette réflexion test sur les futurs usages du lieu. Durant cinq jours, ses membres ont vécu et tenté de contribuer à la mutation progressive d’une zone délaissée en lieu de convivialité. Ces journées d’immersion dans le lieu leur ont permis d’identifier des univers hétéroclites pourtant cristallisés au sein d’un même espace, lui-même complexe : un pont du XVIIIème siècle, monument historique surplombant la Seine, et une ancienne voie rapide bitumée en contrebas du quai. La dizaine de performeurs a évolué au cœur de pratiques sportives plus ou moins communes, d’un milieu singulier de chantier de construction collectif et autogéré, et de projections imaginaires de futures danses urbaines. 

 

Sur ce carrefour de faits et d’intentions, entre physique et imaginaire, banal et marginal, le groupe d’artistes participait à la vie de ce lieu. À mi-chemin entre usagers et concepteurs, promeneurs et architectes-paysagistes-constructeurs en action, ils observaient, imitaient, parcouraient, testaient, tentaient, poussaient les limites, s’écartaient, revenaient, prenaient et faisaient place. Expérimentant la plasticité de cet espace, par des exercices simples, des défis, des hasards plus ou moins heureux, bref, des jeux. Ils vivaient l’espace en jouant, ou l’inverse. 

 

C’est cette manière de vivre les lieux qui a été restituée en forme de performance collective lors de la fête de fin de chantier, célébrant l’ouverture à tous de la boîte de jour. Mais ce temps programmé de mise en spectacle n’avait peut-être pas davantage de valeur que l’ensemble des jeux et des exercices réalisés dans la semaine. Le public présent ce jour-là, pas plus important que le « public » quotidien et ordinaire de cet espace public. Et eux-mêmes, pas davantage acteurs que tous les joggeurs, danseurs et constructeurs de ces espaces du commun, dont l’intensité se révèle si on daigne y porter l’œil. Observer le Collectif bim en action, c’est se dire qu’il n’y a pas d’espaces pauvres. Il n’y a que des espaces pauvrement regardés.

 

Voir travailler côte-à-côte ces deux groupes, théâtreux en quête d’air libre et concepteurs-constructeurs aux quatre vents, c’est mesurer les affinités manifestes entre deux arts buissonniers. Pour ces alter-aménageurs, le chantier est un processus sans début ni fin : il n’y a pas de « livraison » des travaux, seulement un temps fort de célébration. Chez le Collectif bim, l’usage des lieux, les exercices et jeux ne visent pas non plus l’écriture d’une forme finie, mais font partie intégrante de la pratique. Aménageurs et artistes partagent ici et maintenant le désir de prendre part au mouvement de la ville et de ses êtres, évitant à tout prix de les figer. Si pour les uns, produire un lieu, c’est d’abord le vivre, pour les autres, vivre un lieu, c’est le produire un peu.

Chez Etc, avant toute chose,on habite les lieux.  Chez bim, on observe et met en jeu ce qui se passe à un endroit et un moment donné. Figurer les usages existants, passés, potentiels, imaginaires, fictionnels, désirés ou inavouables de lieux choisis. Dresser une palette de pratiques possibles pour révéler la singularité du lieu. L’écrire. Et en un sens, le fabriquer. Constatant et affirmant, minute après minute, la permanente instantanéité des choses et des êtres. »

 

Edith Hallauer